Contre la xénophobie, un tour culinaire des migrants de Johannesburg

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Les tensions xénophobes n’épargnent pas Johannesburg. L’an dernier, le maire de la ville Herman Mashaba a déclaré que 80% des occupants des nombreux immeubles squattés du centre-ville étaient des étrangers en situation illégale, qu’il rend responsable de la forte criminalité. Un chiffre contesté et "des propos dangereux", déplore Gerald Garner, directeur de l’agence "Joburg Places", qui a mis sur pied un tour guidé des cuisines des migrants pour favoriser la tolérance.
Selon l’Observatoire de la Ville de Johannesburg, 26% des résidents du centre-ville sont des étrangers, surtout venus du reste du continent, attirés par les opportunités offertes par Egoli ("la ville de l’or" en zoulou). "Nous avons toujours été une ville de migrants, comme New York", explique Garner, lors d’une visite guidée. La quinzaine de participants sont surtout des Afrikaners (comme lui). Beaucoup n’ont plus mis le pied dans le centre-ville depuis des années, effrayés par la pauvreté, l’insalubrité et l’insécurité.
Malais, Chinois, Zimbabwéen, Mozambicain...
"Nous commençons par une soupe masala butternut et noix de coco", explique la chef coq, Bulelwa Mbobambi. Cette recette provient des esclaves malais amenés par les colons hollandais du Cap après 1652. "Libérés de l’esclavage en 1834, ils sont venus ici pour exploiter l’or des rivières, avant même la découverte du filon le plus riche au monde en 1886, qui a donné naissance à la ville", raconte Garner.
Le deuxième plat, des dumplings de bœuf est un clin d’œil aux "coolies" amenés de Chine pour travailler dans les premières mines. Vers 1900, ils ont été renvoyés chez eux, suite aux protestations des mineurs blancs. Déjà, des tensions… Un siècle plus tard, les Chinois sont revenus en force et ont déplacé le "China town" du centre-ville vers la banlieue, moins dangereuse. L’Afrique du Sud accueille aujourd'hui près d’un demi-million de Chinois (la plus importante communauté en Afrique), qui ont ouvert de nombreux centres commerciaux, où s’approvisionnent les vendeurs de rue, venus du reste du continent.
Les plats de résistance sont servis dans un nouveau restaurant et bar, installés dans un bâtiment art déco sur "Gandhi square". Dans le vaste coffre-fort d’une ancienne banque, les convives dégustent du sadza (bouillie de maïs) et chemolia (légume) du Zimbabwe, puis un carapau (poisson mozambicain) cuit sur la braise. "Chaque matin, un camion amène du carapau frais à Alexandra, un township ou vivent de nombreux Mozambicains", raconte Gardner.
Agressions xénophobes
Le mois dernier, plusieurs familles zimbabwéennes ont été chassées de leur logement à Alexandra. Les ressortissants des pays voisins sont les premières victimes des agressions xénophobes (62 morts en 2008). Leur migration, organisée au départ par les compagnies minières, ne s’est jamais arrêtée. "Les déclarations des politiciens mettent le feu aux poudres, regrette le guide Charlie Moyo, lui-même zimbabwéen. Mais la plupart des Sud-Africains sont accueillants."
Des attaques fréquentes font surtout des victimes parmi les petits épiciers éthiopiens et somaliens, arrivés depuis une quinzaine d’années. Les Congolais – la plus forte migration africaine francophone – sont moins touchés : beaucoup habitent à Yeoville, l’ancien quartier juif, le seul de Johannesburg où les migrants sont majoritaires.
Un baklava à la pistache est l’occasion d’évoquer l’histoire de l’importante migration juive et "méditerranéenne" (italien, grecs, portugais), tandis qu’un lassi à la mangue rend hommage au quartier indo-pakistanais de Fordsburg.
Ville melting-pot, Johannesburg est aussi la première destination touristique du continent avec près de 5 millions de visiteurs en 2016 qui y ont passé au moins une nuit. La majorité des visiteurs viennent d’Afrique pour faire du shopping. Tous ces échanges font la richesse de la ville.
RTBF

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