Cameroun-Crise anglophone : Plein phare sur les dépôts des armes

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Des annonces venant des régions du nord-ouest et du sud-ouest, font état de la capitulation des combattants séparatistes. Une information controversée. Abandonnent-ils vraiment la résistance ? S’agit-il d’une réelle technique d’abolition du conflit ? Il devient de plus en plus difficile de répondre à de telles interrogations, qu’à celles figurant sur une épreuve soumise aux étudiants ou élèves en plein examen. Non pas parce que les faits n’existent pas, mais à cause des propos de certains citoyens camerounais et analystes politiques à la suite des informations relatives aux dépôts des armes par des membres du sécessionnisme. 166 combattants ont tourné le dos aux affrontements avec le pouvoir, en déposant les armes, apprend-on du gouvernement, lors du passage du Premier ministre Dion Joseph Ngute dans le nord-ouest et sud-ouest. Dans cette liste figure pas moins de 57 ex-séparatistes dans la zone anglophone. 35 d’entre eux, vivent dans le centre de désarmement, démobilisation et réinsertion de Bamenda, chef-lieu de la région du nord-ouest. Ce sont des hommes et femmes, dont l'âge varie entre 14 et 25 ans. Ici, des anciens combattants aux côtés des Ambas-boys, les séparatistes armés anglophones, ont eu à prendre les armes après avoir perdu ce qu’ils ont de plus chère. C’est ce qu’affirme Florence Nkeng, mère de deux enfants : « je combattais parce que l'armée a incendié ma boutique. J'avais un salon de coiffure et je vendais du prêt-à-porter. J'étais fâchée, et j'ai suivi mes amis en brousse ». Une fois cette colère estompée, la prise de conscience prend forcément corps : « J'étais en brousse, à Kumbo, avec les combattants, pendant un an et demi. On croyait à notre lutte. Mais plus tard, j'ai constaté qu'on se battait pour autre chose. Les choses avaient changé, il y avait des meurtres, des incendies et des vols, ce qui n'était pas notre but », précise Clinton Lukong, ex-combattant. Face à tout ceci, il n’est pas inédit de croire qu’après pratiquement trois ans de crise, la raison est en passe de l’emporter sur les passions. Mais a-t-on vraiment amorcé un tournant avec ces dépôts des armes ? Un coup de bluff La scène montrant des combattants sortant des brousses avec des armes qu’ils déposent, semble loin de faire l’unanimité sur sa véracité. Des habitants de certaines villes des régions concernées, qualifient cela de comédie visant à faire croire que la situation est maitrisée par le gouvernement. L’ancien magistrat Ayah Paul Abine, vivant à Buea (sud-ouest), ne dit pas le contraire lorsqu’il affirme au téléphone qu’« entre ce que présente ou dit les membres du gouvernement et ce qui se passe sur le terrain, il y a une grande différence, et une volonté manifeste de mentir ». D’ailleurs un responsable ayant requis l’anonymat, certifie avoir reconnu des éléments de l’armée camerounaise, parmi ceux qui prétendent déposer les armes. Il s’abstient tout de même de donner les noms de ces personnes, qu’il dit connaitre parfaitement. Ce témoignage vient mettre un bémol sur l’optimisme excessif dans lequel certains ont commencé à se laisser plonger. Cela fait également resurgir la crainte de ne pas réussir à mettre fin à la crise, et à croire comme nombre d’analystes politiques, que la méthode mise sur pied à travers le comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration est paradoxale. Le désarmement n’est pas une solution à cette crise. Ceci étant donné qu’on ne peut parler d’ex-combattants pendant que les combats s’intensifient. Mais une chose est certaine, même s’ils ne savent pas comment, de nombreux Camerounais disent qu’on va finir par s’en sortir. A les en croire, Dieu aime bien leur pays. Pourvu que les Camerounais, pouvoir public, opposition, chefs de partis politique et séparatistes confondus, doivent faire preuve de beaucoup de maturité politique, en acceptant de rechercher par le dialogue, les voies et moyens de restaurer la paix dans les régions anglophones de leur pays.

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